SUR LA BALANCE ENTRE

LA FATALITÉ ET LE LIBRE-ARBITRE

Aulu-Gelle, dans ses Nuits attiques(1), évoque fréquemment et avec admiration la philosophie grecque. Ainsi, il énonce :

 

« Le destin (…) est à peu près ainsi défini par Chrysippe, le prince de la philosophie stoïcienne : « Le destin, dit-il, est l’enchaînement éternel et inévitable des choses dont la chaîne immense se déroule d’elle-même à travers la série infinie des conséquences, qui sont les anneaux dont elle est formée. »

 

Mais les chefs des autres écoles reprennent cette définition : Si Chrysippe, disent-ils, pense que tout est mû et régi par le destin, et qu’on ne peut se dérober à son action ni déranger son cours, on ne doit plus voir et punir avec indignation les fautes et les délits ; on ne peut plus rendre l’homme responsable de ses actes, qu’il faut dès lors attribuer à l’impulsion irrésistible, à la puissance du destin, qui devient ainsi l’arbitre et la cause de tous les événements.

 

(…)

 

Chrysippe répond à cette objection avec finesse et subtilité. Cependant tout ce qu’il a écrit sur cette matière peut se résumer ainsi : « Bien que, dit-il, toutes choses soient nécessairement soumises, subordonnées au destin par une loi souveraine, néanmoins l’esprit et le cœur de l’homme ne sont les esclaves de la fatalité que d’après le caractère et les qualités de chacun. En effet, si la nature, en les créant, a doué les hommes de qualités bonnes et utiles, toute cette puissance qui émane du destin deviendra douce et inoffensive, en passant par notre âme. Si les hommes, au contraire, sont sauvages, ignorants, grossiers, s’ils ne portent en eux le germe d’aucune bonne qualité pour lutter contre leurs mauvais instincts, vous les verrez succomber aux attaques du destin. » » 

 

 

 

 

Alain LEBRUN

Avocat au Barreau de Liège

 

 

 

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(1) M. Charpentier et M. Blanchet, Œuvres complètes d’Aulu-Gelle, éd. Garnier, 1863, Livre IV, chapitre II.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
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