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Quelques patronymes judicaires
La mémoire du Droit et de ses développements judiciaires est inscrite dans certains noms de famille couramment usités en Belgique francophone (1).
Parlons d’abord des acteurs :
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Des avocats sont évoqués par les noms LAVOCAT ; PARLIER ou LEPARLIER (de l’ancien français parlier signifiant discoureur, avocat (2), résurgent dans le wallon de Namur paurlî signifiant orateur ou avocat (3), alors qu’à Malmedy pârli signifie aussi procureur ; VOUÉ, VOUE, VOUEZ, VOÉ, WOUÉ,… (de l’ancien français voué signifiant avocat, avoué, du latin vocatus (4), à rapprocher du bas wallon voet (5) ; PROUVEUR, PROVEUR, PROVEUX, venant peut-être de l’ancien français proveor, défenseur ou témoin, la preuve pesant sur l’un ou l’autre… ; TAELMAN(S), TAALMAN, TAELEMANS,… provenant du moyen néerlandais et signifiant orateur, interprète ou avocat, l’avocat étant en somme l’orateur qui se fait l’interprète de son client. |
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Des juges sont illustrés par les noms DISEUR de l’ancien français disor signifiant juge, arbitre ou héraut (par le prononcé ou le combat, le Droit devait être dit (6); LEJUGE (parfois en deux mots) ; JUDEX, JUDICE flairant bon le latin judiciaire ; PRONONCÉ et CONSIDERANT, initialement des surnoms délocutifs d’après une formule familière à leur auteur ; d’après leur toge de fonction : LHERMENIER, LARMINIER, L’HERMINEZ, LERMINÉ, LERMINET,…, l’ancien français herminet signifiant manteau d’hermine. Signalons aussi VINGT DEUX, référence au Tribunal principautaire des vingt-deux, chargé de réprimer les actes arbitraires de l’autorité. On trouve aussi TREIZE qui pourrait être le surnom d’un membre du Tribunal des treize, siégeant à Metz. A quand le patronyme DOUZE pour viser les (anciens) membres de la Cour constitutionnelle ? |
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Des parties. Les malchanceuses étant désignées par le patronyme DEBOUTEZ (on se souviendra du vieux français bouter (7) (frapper, renverser, chasser) ou débouter (repousser) ; il y avait donc débouté, lorsque l’assaut judiciaire était repoussé) (8). De façon plus neutre, VAN GENEUG(H)TEN, VAN GENEUGDEN, du moyen néerlandais.
Genechte, signifiant audience ; voire DINCX, DINCQ, DINGS (du moyen néerlandais dinc ou ding(e) : procès) évoquaient des gens procéduriers ou ayant connu un procès mémorable. |
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Des autres auxiliaires de justice : LALUYER, de l’ancien français allouyer (signifiant substitut du procureur ; RECORS qui peut signifier témoin, au départ de l’ancien français recort, voulant dire qui se souvient (9), passé en anglais avec l’invasion normande où il s’est maintenu presque tel quel dans le mot record (enregistrer). Dans l’ancien Droit, des records formées d’assemblées périodiques où la justice était rendue,… où l’on se souvenait du Droit, alors coutumier, étaient fréquentes. Les recors étaient aussi des officiers de basse justice.
Le pendant germanique est DINGEMANS, témoin. On citera aussi TABELLION, greffier de juridiction subalterne ; SERGE(A)NT, huissier de justice (10), LEBEDELLE ou VERGER/VERGEZ, huissier (ou sergent) qui portait une verge devant le magistrat. Par contre, RÉFÉRENDAIRE est un officier diplomatique, chargé de ce qui doit être rapporté (sens du mot latin referendarius) et n’a eu que récemment un sens judiciaire.
Or, c’est au Moyen-Age que beaucoup de patronymes se sont constitués, parfois sur base d’un surnom ou d’une profession qualifiant un individu particulier de la collectivité. |

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Parallèlement aux acteurs judiciaires, il y a les actes juridiques : REQUIER(E)(T), REQUIR, de l’ancien français requier (requête) ; QUITIS, de l’expression quitus, signifiant libre de toute obligation ; PLACET du moyen français signifiant demande écrite pour obtenir justice. JUSTICE est par contre un toponyme métonymique désignant le lieu du gibet, qui dériva en un patronyme montrant du doigt celui qui résidait non loin de celui-ci. Il y a par contre des patronymes qui ont fini par désigner un acte juridique, ainsi le napolitain TONTI qui inventa la Tontine !
On se méfiera de quelques faux amis : LOI (nom et ancien prénom qui est sans doute une aphérèse d’Eloi) ou PERPÈTE qui provient de saint Perpetuus, très populaire à Dinant.
Alain LEBRUN
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