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Il n’y a pas que des pigeons place St-Lambert (et je ne parle pas de certains justiciables, rassurez-vous…). Mais nous marchons trop vite. Nous ne prenons pas le temps de regarder le ciel. Place St-Lambert et à n’importe quel autre endroit du centre de Liège, on peut apercevoir l’épervier, le faucon crécerelle, la buse, le faucon hobereau, le faucon pèlerin (cinq rapaces de belle envergure), le héron cendré, les grues en migration, pour ne parler que des plus spectaculaires. Mais parlons d’un oiseau autrement plus petit : l’hirondelle de fenêtre. Ecoutez-la, survolant la grande cour intérieure du Palais des Princes Evêques, avec ses cris secs, lancés en deux strophes. Elles reviennent quelques semaines après les hirondelles de cheminée, déjà présentes depuis la mi-avril, et nous quittent durant le mois de septembre. Dans deux endroits seulement de Liège elles ont élu domicile : l’Institut St-Luc, où six couples sont observés de façon assez constante dans le temps, et notre Palais. Curieux mystère que le choix animal du lieu de nidification ! Des comptages des nids ont lieu depuis longtemps. En ce qui concerne les nids entiers, parfaitement visibles mais dont on ne sait pas toujours s’ils sont occupés, les statistiques réalisées par les ornithologues d’Aves puis de Natagora montrent une évolution malheureuse de la colonie du Palais de Justice. De 179 nids entiers observés en 1984, on tourne autour de 130-150 jusqu’en 1996.En 2001, le nombre de nids tombe à 103, puis il diminue de façon relativement constante : 87 en 2003 ; avec un petit sursaut en 2004 : 89 ; 76 en 2005 ; 93 en 2006 (une excellente année climatiquement parlant pour l’hirondelle) et 70 en 2007. L’évolution démographique dépend également du climat ; des années très pluvieuses ne permettent pas aux hirondelles de capturer les insectes nécessaires et d’élever de grandes familles. Elle dépend également de l’utilisation des pesticides mais aussi de la situation écologique sur les lieux de migration. A cet égard, deux remarques paraissent intéressantes. D’une part, il est possible de pallier l’absence de boue par le placement de nichoirs artificiels (il ne semble toutefois pas souhaitable sur un édifice classé comme patrimoine exceptionnel de la Région wallonne, encore que ces nids de couleur grise se camoufleraient très bien sur la pierre calcaire). Natagora a préféré une autre formule, déjà utilisée dans certaines villes, celle du bac à boue permettant aux hirondelles de se fournir près de la colonie. Des contacts sont d’ailleurs en cours avec le gouverneur, Michel Foret et l’échevin Michel Firket afin d’arriver à cette solution. Les cours du Palais pourraient éventuellement accueillir ces bacs peu encombrants et les hirondelles ne sont pas tellement farouches lorsque le besoin s’en fait sentir. On trouvera d’ailleurs une jolie photo, prise par Jean-Marie Poncelet, d’une hirondelle en train de recueillir ce matériau providentiel. D’autre part, M. Bronne nous a révélé une particularité qui paraît incroyable : personne ne sait où hivernent, en Afrique, les centaines de milliers d’individus de cette espèce. Il est donc à ce jour difficile de prendre des mesures pour protéger les zones d’hivernage qui semblent se situer dans des zones montagneuses bien au-delà de l’équateur. Il est amusant aussi de constater une coïncidence quasi mimétique : l’hirondelle a une livrée blanche et noire… comme la toge ! Je vous invite, tant que nous fréquentons encore ce lieu remarquable, qui allie à la fois nature sauvage et patrimoine de style néogothique, à lever davantage vos yeux vers le ciel qui plonge entre nos cours pour y entendre et y admirer celles qui nous côtoient depuis tant d’années. |
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