LITIGES DE VOISINAGE

ET MONDE ANTIQUE

Sept siècles avant notre ère, Hésiode(1) campe un décor qui a peu évolué, si ce n’est que la pression démographique, l’individualisme et l’urbanisation ont davantage encore accru les haines territoriales :

 

« Voisin funeste nuit autant qu’un bon est utile.

Avoir un bon voisin, c’est avoir un grand privilège.

Pas de voisin nuisible, et pas de vache qui crève.

Ce qu’un voisin te donne, mesure-le bien, pour lui rendre

la mesure égale, et, si tu peux, davantage,

pour que, dans le besoin, tu le trouves prêt à t’entendre. » 

 

Columelle, grand agronome latin(2), surenchérit :

 

« C’est à tel point, que beaucoup de gens se résoudraient à manquer de demeure, et à fuir leur domicile, pour éviter les désagréments d’un mauvais voisinage. »

 

Il illustre un propos nourri d’expériences rurales :

 

« J’aime mieux (…) n’avoir pas à nommer un de mes voisins qui ne saurait souffrir dans le pays ni qu’un bel arbre étende ses rameaux, ni qu’une pépinière subsiste en bon état, ni qu’un échalas reste attaché à la vigne, ni même que les troupeaux paissent sans surveillance. »

 

Et c’est sans compter sur les cas pathologiques que Ciceron stigmatise d’une phrase : « aetatem in litibus conterere »(3) que le Gaffiot traduit par « passer sa vie à se quereller », mais qui littéralement signifie « feutrer son temps de vie par le frottement répété des litiges »(4).

 

À méditer…

 

 

 

Alain LEBRUN

 

 

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(1) Les travaux et les jours, 346-351.

(2) De re rustica, livre I.

(3) De legibus libri, 1, 53.

(4) Le verbe conterere signifie d’abord écraser avec un pilon, user d’un frottement continu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
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