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L’épopée du classement de la Heid des Gattes
à Aywaille

Après quarante années de discussions, la loi de 1931 sur la protection des monuments et sites est enfin votée. Elle crée notamment la Commission royale pour la protection des monuments et des sites et, dans chaque province, sous l’autorité du Gouverneur, elle fait nommer des correspondants qui sont en quelque sorte ses antennes locales. A la demande du Docteur Louis Thiry, notable d’Aywaille (1) et correspondant provincial de la Commission royale, cette Commission est saisie par le Gouverneur le 19 février 1934 d’un dossier de demande de classement des célèbres rochers. Une réunion avait en effet eu lieu au Palais provincial, le 13 février, où le Docteur Thiry avait tenu un vibrant discours dont nous citerons quelques extraits très représentatifs :
« Historiquement parlant, l’Amblève formait la limite, sauf enclaves, entre le Luxembourg au sud et le duché de Limbourg (seigneurie de Sprimont) au nord, avec quelques enclaves du pays de Stavelot (comté de Logne, mayeurie de Louveigné). Aujourd’hui, le Ry de Pidvache forme approximativement la limite des Communes de Remouchamps et d’Aywaille, toutes deux dépendant de notre province. La zone franche de la Porallée englobait le massif tout entier à partir du vallon de Nierbonchera.C’est à l’assaut de ces rochers que, débordant la gauche des troupes autrichiennes de Latour, les soldats de la division française du général Haquin s’élancèrent, le 18 septembre 1794, après avoir enlevé, généraux en tête, les avant-positions établies dans le hameau de Sougné, malgré le feu très vif de l’infanterie retranchée dans l’église et le cimetière de la localité, ainsi que dans l’ancien couvent des Récollets wallons joignant ; malgré le feu terrible d’une artillerie redoutable (2) pour l’époque. Le quartier général autrichien se trouvait à Sprimont. Cette bataille, qui eut pour effet d’arracher les Autrichiens de la position menaçante qu’ils occupaient à la Chartreuse, détermina la retraite générale des armées impériales vers le Rhin. Le siège de Maestricht put alors être activement mené par les Français et l’occupation de la Belgique devint complète. C’est à ces opérations que, pour la seconde fois, l’on utilisa les services des aérostats militaires ; la première utilisation de ces engins avait eu lieu à Fleurus.

L’heureuse exposition de ce vaste plan rocheux, son irrigation, très active jadis, par les ruisseaux de Pidvache, Trotinfosse, Gossonry et d’autres encore, qui n’apparaissent plus qu’à l’état fugace de torrents pendant la fonte des neiges ou à la suite d’averses orageuses, a provoqué l’éclosion d’une active et curieuse végétation, parmi laquelle nombre d’espèces sinon uniques dans notre pays, du moins très rares. Parmi les plantes qui semblent avoir trouvé en ce point leur station de prédilection, nous pouvons citer : Aquilegia vulgaris -Silene nutans – Lychnis viscaria – Cerastium pumilum – Sempervivum Funcki (Vel Schnittspahni) – Cotoneaster vulgaris – Mespilus vulgaris – Cynoglossum officinale – Artemisia campestris – Linosyris vulgaris – Epipactis latifolia – Ceterach officinarum – Asplenium adiantum nigrum – et... (3) auxquelles il faut joindre, pour être complet, les superbes rideaux de lierre qui recouvrent de leur verdure perpétuelle de nombreux points de rochers.

La faune et la flore de ce versant sont particulièrement riches par suite de l’exposition en plein midi de ces pans rocheux toujours tièdes ; l’avancement de la végétation y est remarquable, et l’on a pu tenter, il y a cent ans, d’acclimater la vigne dans quelques lopins défrichés au pied de la montagne.

La Commune fit jadis planter un grand nombre de noyers au sommet de ces roches abruptes et incultes, tandis que la partie de la Heid vers Aywaille recevait d’abondants épicéas qui atteignirent une croissance remarquable.

C’est à cette époque, ou peu après, que la Commune offrit à M. Moxhon, l’avoué liégeois bien connu, propriétaire des anciennes forges de Sélys et Libert situées au pied de la Heid, l’occasion d’acquérir pour 4 ou 5.000 francs l’ensemble des rochers de la Heid des Gattes, qui figuraient, dit Van Bemmel dans Patria Belgica « une ample et majestueuse draperie… ».

Hélas ! Ces temps sont bien loin de nous. Depuis 1888, l’industrie s’est abattue sur ce beau coin ; et, avec le manque de respect qui la caractérise, au lieu de s’astreindre à n’exploiter les bancs de grès que par les travaux peu visibles (on le fait pourtant bien ailleurs, au Luxembourg par exemple), elle adopta le système du moindre effort et démolit d’abord par l’est, plus tard (1907) par le milieu, la superbe draperie qui faisait l’admiration de Van Bemmel. Mieux : il y a quelques années, il s’en fallut de peu qu’une carrière ne vienne étaler ses hideuses plaies en pleine Heid devant le pont, donc au-dessus d’Aywaille centre. Heureusement, les protestations indignées firent reculer les exploitants
 ».


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La prise de position en faveur d’une des premières applications de la loi sur la protection des monuments et des sites, trois années à peine après sa mise en vigueur, s’inscrivait parfaitement dans le concert de voix autorisées qui avaient réclamé une priorité pour la protection de la Heid des Gattes. Il faut se rappeler qu’à l’époque la loi de 1931 était le seul outil capable de fournir une telle protection. Dès octobre 1905, dans la revue Wallonia sous le titre « Un premier parc national en Wallonie », Charles Didier n’écrivait-il pas :

« Voici une de nos plus belles vallées, une des seules qui soient encore plus ou moins intactes, l’Amblève, que le vandalisme attaque de tous les côtés à la fois, la menaçant d’une destruction complète. On aurait pu croire qu’on allait empêcher un développement excessif des carrières qui rongent l’Amblève à sa jonction avec l’Ourthe. Il n’en est rien. L’année dernière, on a entamé les superbes rochers que l’on voit sur la gauche en arrivant à Aywaille par la route de Liège. Or, sait-on quel est le barbare qui détruit cette forteresse de géants que l’on croirait dessinée par un Gustave Doré ? La commune même d’Aywaille à qui ces rochers appartiennent ! Singulière façon d’attirer les touristes et le public des villégiatures ! »

Le géologue liégeois Edmond Rahir, vice-directeur du Musée royal du Cinquantenaire, avait également, dès 1930, publié une liste de sites qui étaient prioritairement à protéger en Belgique, parmi lesquels la Heid des Gattes figurait en bonne place.

Mais revenons en 1934.

Le 18 juillet, le Conseil communal de Sougné-Remouchamps estime que la demande de la Commission royale des monuments et des sites, qui s’était ralliée à l’avis de son correspondant, ne peut être prise en considération et envisage l’extension des carrières de Goiveux et de la Falize, en profondeur et l’une vers l’autre, c’est-à-dire vers la zone centrale de la Heid des Gattes : « L’Administration communale ne peut se priver des ressources très conséquentes du revenu des carrières » ; tel est son discours. A l’époque, les carrières de la Falize et du Thier des Lets procuraient à la Commune de Sougné-Remouchamps un loyer de 82.000 francs annuel, soit, convertis en euros et en tenant compte de l’évolution monétaire, la somme de 57.256,41 € (2.309.718 bef).

Alarmé par les desseins communaux de créer une situation de fait accompli, le Docteur Thiry écrit le 1er décembre à la Commission royale des monuments et des sites : « L’Administration communale de Sougné-Remouchamps, la même qui fit au projet de classement une opposition aussi acharnée que déraisonnable, vient de mettre en location publique aux fins d’exploitation de bancs de grès non seulement l’une des carrières déjà existantes, mais encore une bande de cinquante mètres à l’ouest de ces carrières, entamant ainsi, sans l’ombre d’un motif, la partie proposée pour le classement.

Il y a mieux : la même Administration communale est si pressée d’en finir qu’elle a oublié de solliciter l’arrêté royal nécessaire pour autoriser le changement de mode de jouissance de ce bien communal. On a mis, d’ailleurs, une telle précipitation dans toute cette affaire que la carrière a été provisoirement adjugée à un prix bien inférieur à celui de la location antérieure, et que l’on refuserait, si ce qu’on m’a dit est exact, d’accepter des offres bien supérieures présentées après la première adjudication. Je vous raconte tout cela pour vous indiquer combien l’intérêt général est étranger à certains administrateurs de Communes rurales ».


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Face aux visées communales, en sa séance plénière du 22 décembre 1934, la Commission royale des monuments et des sites propose le classement au ministre. Et le 16 février, le ministère de l’Instruction publique, alors compétent, entame la procédure de classement du site qui lui confère pendant un an une protection provisoire. Le 13 mars 1935, confronté à cette protection provisoire, le collège des bourgmestre et échevins d’Aywaille « proteste énergiquement » et émet un avis « très défavorable ». Le collège des bourgmestre et échevins de Sougné-Remouchamps émet, lui aussi, (c’est la seule opposition enregistrée dans le cadre de l’enquête publique), un avis négatif : « Le site est déjà déprécié par l’existence de carrières », « le classement est impossible, l’extension des travaux (sous-entendu d’extraction) commencés ne pouvant être entravée ». Que voilà une belle pétition de principe !

Le 14 mai, le Docteur Thiry ne peut s’abstenir de réagir lorsqu’il écrit au Gouverneur et au Collège des correspondants :

« On laisse impunément ouvrir des exploitations minérales sans aucun besoin, sans souci de bon sens, ni d’esprit scientifique, s’en remettant aveuglément à l’empirisme de simples ouvriers ignorants et routiniers, n’ayant pour guide ni connaissances pratiques, ni lumières de l’art de l’ingénieur. On ouvre d’une façon quelconque des gisements de valeur quelconque, disant que le dégât sera nul et le profit énorme ; or, les dégâts s’avèrent bientôt irréparables et le profit totalement décevant pour la bonne marche de l’exploitation.

Mais l’on continue imperturbablement le ravage, prétendant le site gâté, et promettant à des actionnaires médusés des profits qui ne viendront jamais.

Et ici, vous admirez avec moi le complet illogisme d’Administrations communales qui préconisent, encouragent et subsidient les institutions appelées à promouvoir le tourisme et la villégiature, qu’elles reconnaissent être l’un des gros revenus de leurs administrés ; mais saccageant à plaisir les sites, laissant des exploitants ignares adopter des solutions de facilité, voire même, pour certains, éluder des clauses formelles de leur bail ; bref, rendre intenable aux touristes, une région où elles prétendent les attirer.
»

Il n’est pas le seul à se préoccuper de la vision purement budgétaire de la Commune d’Aywaille et, le 31 mai, le syndicat d’initiative d’Aywaille écrit au Gouverneur, sous la plume de Monsieur Flohimont :
« Que soient pris en sérieuse considération, à côté des intérêts légitimes de l’industrie extractive, ceux, non moins respectables, de toute une population vivant du commerce et des besoins de l’industrie hôtelière, pour lesquels la préservation des sites remarquables de notre région est une question d’intérêt vital. »

Sentant le vent tourner, les deux Communes tentent une diversion en juillet et en octobre 1935, en promettant « d’examiner de très près » tout nouveau projet de carrière, «  au point de vue touristique ». Ces promesses, sans contenu, furent-elles jugées des gages suffisants ? Il semble que oui. Le ministre de l’Instruction publique ne va pas passer outre aux avis des autorités locales et le classement resta en suspens, la protection provisoire accordée en 1935 ayant épuisé ses effets.


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Il s’ensuit, vraisemblablement, le découragement des protecteurs des sites (4) et ce n’est que le 23 septembre 1942 que le Docteur Thiry relance la machine, sous prétexte d’un article paru dans Lejeunia en 1940, sous la plume d’éminents botanistes liégeois, alors même que « l’industrie des carrières donne des signes d’irrémédiable décadence ». La Commission royale des monuments et des sites, alors présidée par Carton de Wiart, ancien ministre, demande au Gouverneur, le 23 octobre 1942, si les Communes ont tenu les promesses de respecter l’aspect touristique avenant de leur localité. C’est ainsi que le Docteur Thiry se voit charger de tirer l’affaire au clair et, le jour de la Toussaint 1942, il répond à Carton de Wiart :

« Contrairement à votre avis, le Députation permanente de la Province de Liège vient d’autoriser la reconstruction de l’inutile et nuisible raccordement aérien de Dieupart ; c’est un attentat gratuit aux intérêts les plus sacrés des habitants.
Sera-t-il dit que nous nous laisserons toujours imposer l’avis le plus opposé à l’intérêt général ?
Quant aux promesses des politicailleurs communaux, l’on sait hélas ce qu’elles valent


Le 9 février 1943, le Docteur Thiry reprend pied et refait une note à la Commission royale sur l’intérêt botanique, beaucoup plus important qu’on ne le croyait, de la Heid des Gattes. Le 8 mars 1943, il dénonce au Gouverneur le fait que les carriers n’ont pas clôturé leur exploitation, contrairement aux prescriptions qui leur sont imposées. On voit bien qu’outre les problèmes de sécurité que l’absence de clôture peut causer, le Docteur Thiry veut que l’on cliche les développements actuels des carrières dans leur périmètre actuel. La clôture étant mise, il semble peu probable qu’on la déplace ultérieurement.

Le 13 avril 1943, il enfonce le clou. Avec Van Beneden, le biologiste célèbre qui donna son nom à un quai de Liège et à l’Institut de Zoologie situé sur celui-ci, il dresse un rapport sur les richesses ornithologiques de la Heid des Gattes, un des derniers sites en Wallonie où niche à l’époque le faucon pèlerin.

Le 25 juin 1943, le Touring Club de Belgique, qui joua un rôle déterminant, aujourd’hui oublié, pour la protection de la nature et des sites, invite la Commission royale des monuments et des sites à poursuivre ses efforts en faveur de la Heid. Jean Leclercq, le jour du solstice d’été 1943, signe un rapport zoologique de la plus haute importance qui insiste sur l’intérêt unique du site : présence de la couleuvre coronelle, de la salamandre, du sonneur à ventre jaune (un crapaud), d’insectes jamais observés en Belgique ou d’un papillon qui n’avait été observé jusqu’à lors qu’à Knokke-Heist…

Se basant sur ces rapports convergents et les analyses botaniques nouvelles, le Docteur Thiry, au nom du Comité pour la préservation de la Heid des Gattes, dont on peut soupçonner qu’il est l’instigateur, relance le Comité des correspondants de la Commission royale, le 13 juillet 1943… Cela fait onze années que les carrières continuent à grignoter ce patrimoine précieux.

Le 27 juillet 1943, la Commission royale reçoit pour instructions du secrétariat général du ministère (n’oublions pas que les ministères sont alors gérés par les secrétaires généraux, les ministres s’étant réfugiés à Londres) d’inviter le Gouverneur à recommencer la procédure de classement. Une nouvelle enquête démarre en juillet 1943 et pourtant le dossier d’enquête publique et l’avis de la Commission royale ne semblent transmis au ministre que…le 2 mai 1951, après qu’un accord ait été obtenu par la Commission royale sur place avec la Commune et la Députation permanente.

Que s’est-il passé ?


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Le Gouverneur doit écrire pas moins de neuf fois aux Communes concernées pour obtenir qu’elles procèdent à l’enquête publique ! Le 5 juillet 1950, Carton de Wiart menace même d’une plainte l’Administration communale qui « contrecarre l’application d’une loi ».

L’obstination des protecteurs des sites est enfin couronnée, le 29 mai 1952, lorsque le Roi Baudouin signe l’arrêté de classement.

La Députation permanente du Conseil provincial de Liège approuve le 13 juin 1953 la délibération du Conseil communal de Sougné-Remouchamps qui concède, le 27 février 1953, à l’association Ardenne et Gaume, un bail emphytéotique de 99 ans, sur le site de la Heid des Gattes, permettant non seulement une protection passive par un arrêté de classement, mais encore une gestion active par des mesures de préservation du paysage, de la faune et de la flore.

Chacun tirera les conclusions qu’il veut de cet historique que nous avons voulu aussi complet et objectif que possible, en fonction des sources dont nous disposions. Personnellement, j’en tirerai quelques brèves réflexions :

1° La protection de la Heid des Gattes s’est réalisée, en définitive, grâce à l’acharnement d’un aqualien. Celui-ci bien que n’étant pas majoritaire finit par faire triompher l’intérêt à long terme de la collectivité sur les visées purement financières d’autorités communales.

2° Il est sans doute difficile de comprendre le litige qui perdure entre la Commune d’Aywaille (Commune fusionnée d’Aywaille et de Sougné-Remouchamps), et les protecteurs des sites, si l’on ne remonte pas aux sources très anciennes de ce conflit.

3° Autres temps, mêmes mœurs ? Il est permis de se demander si les méthodes anciennes de certaines Administrations publiques, faites de non-respect de la loi et de coups de force, ne ressemblent pas à celles d’aujourd’hui. Certains pouvoirs politiques locaux ne devraient-ils pas constater que par le passé ils ont mené des combats d’arrière-garde qui n’ont pas été couronnés de succès ? Toute polémique mise à part, il en ressort que la blessure reste ouverte, et qu’il serait utile qu’un meilleur dialogue permette de faire connaître à tous les acteurs et, spécialement aux citoyens, la valeur irremplaçable de la Heid des Gattes en tant que symbole, mais aussi et surtout, en tant que patrimoine commun.

4° La Heid des Gattes est en effet aussi un symbole pour les protecteurs des sites. On comprend mieux, au vu de l’historique qui précède, l’acharnement de ceux-ci à défendre un site qui, non seulement est un des mieux protégés de Wallonie, mais encore fut parmi les premiers à mériter une protection, obtenue au demeurant de haute lutte à l’encontre d’Administrations publiques locales, aux vues à trop court terme.

5° L’Administration communale d’Aywaille a laissé se développer en zone partiellement inondable, au pied de la Heid des Gattes, différents chancres : un camping et un zoning commercial très laid auquel manque totalement l’arborisation qui l’insérerait au paysage. Et l’on en vient à se demander si les élus locaux des Communes rurales, qui se croient souvent mieux avisés que les citadins, ne devraient pas s’interdire de reconstituer une ville à la campagne. D’une façon générale, en choisissant un urbanisme veule, aux formes disparates, aux couleurs criardes et une verdurisation minimaliste, Aywaille a perdu beaucoup de son charme. Par une commercialisation excessive de ses abords, elle a étouffé l’accès à son centre. Et dire que le Docteur Thiry avait espéré une urbanisation aérée et verdoyante à la façon de Cointe ou de Balmoral (à Spa), capable d’attirer une clientèle de standing ! (5)

Mais le mot de la fin n’a-t-il pas déjà été dit en juillet…1906 par Didier (dans la revue Wallonia) ?
« Les jours, donc où les populations rurales de notre pays auront un peu mieux compris la beauté du sol, des bois, des anciennes maisons, elles s’habitueront à cette beauté. Elles l’apprécieront de plus en plus et finiront par ne plus pouvoir s’en passer et ne souffriront pas qu’on y touche. Ceci a l’air paradoxal, mais je crois que le moment n’est pas bien éloigné où les campagnards seront les principaux champions de la conservation des sites et des monuments. Seulement, il faudra leur ouvrir les yeux, un peu les guider peut-être


(1) Fils du Docteur Joseph Thiry, ancien bourgmestre, qui a donné son nom à la place principale d’Aywaille.

(2) Placée dans la fameuse côte de La Redoute

(3) Dans la « nouvelle flore » (1973) : Cotoneaster vulgaris = C. integerrimus, Mespilus vulgaris : M. Germanica, Linosyris vulgaris : Aster linosyris, Epipactis latifolia = E. Helleborine.

(4) Ce répit permet au Docteur Louis Thiry d’écrire son œuvre majeure : Histoire de l’Ancienne Seigneurie et Commune d’Aywaille, dont le tome I est édité en 1937, le tome II en 1938, le tome III en 1940 et le quatrième tome en 1945.

(5) Possibilités d’avenir pour les Communes d’Aywaille et de Sougné-Remouchamps, de Meester, 1947, p. XLIX. Il note déjà en p. LIV : « Le centre d’Aywaille, actuellement dépourvu de toute trace de verdure ». En refusant la nature, Aywaille se prive de bien des agréments, et si elle a raté la chance de devenir un second Balmoral, elle pourrait néanmoins attirer, grâce à la Heid des Gattes des écotouristes de plus en plus nombreux ! La Heid est un moteur de développement économique local que seul un curieux obscurantisme laisse au point mort.