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« Il nous faut tout faire pour ne pas en arriver là ! » se disait intérieurement votre serviteur lorsqu’il aperçut, sur la place d’une petite ville norvégienne, l’enseigne lumineuse (nuit polaire oblige sans doute !) de notre confrère Bjørn Eidhammer, longue de quatre mètres, encadrée par celle d’une banque, d’un coiffeur, d’un orthophoniste, etc. Aimanté par la curiosité je m’approchai : le secrétariat en devanture se laissait détailler du regard. Il eût été possible d’y décrypter quelques correspondances distraitement abandonnées et le nom des litiges inscrits en lettres capitales sur les boîtes de rangement tapissant le mur. La porte ouverte du bureau arrière laissait paraître, sous un néon glauque, le maître dispensant son art à un client très reconnaissable. Le jour où notre profession sera banalisée au point que ses signes de reconnaissance extérieurs se confondront avec ceux d’une friterie, d’un coiffeur à la mode ou d’un estaminet, on en viendra, par un glissement naturel, à cette veulerie où des vitrines péripatéticiennes laisseront les badauds se délecter du nombre de nos dossiers et où la consultation deviendra un reality show publicitaire. Non, le cabinet doit rester un lieu à part. S’il y a ostentation, ce ne peut être celle d’une publicité tapageuse, car l’office de l’avocat doit précisément afficher son indépendance vis-à-vis de la marche des choses, de tous les pouvoirs en ce compris ceux du Marché, de l’argent ou de la publicité matraqueuse. Même l’avocat, dit d’affaires, ne s’y cantonne pas et participe de cette noble mission où l’homme avec ses illusions, ses blessures, ses passions, vient chercher un guide dont les qualités sont la discrétion, la compétence, le recul, la croyance en des valeurs. Bref, un lieu où l’être est au centre. A cet égard, il n’est pas inintéressant de relire Arnaud Desjardins dans Monde moderne et sagesse ancienne (La table ronde, 1973, p.100 et 101) : « La publicité a été interdite dans toutes les sociétés traditionnelles et les enseignes des échoppes et boutiques obéissaient à des règles strictes. Cette toute puissante et toute envahissante publicité est un fait nouveau dans l’histoire de l’humanité. Dans l’Inde que j’ai encore connue, beaucoup de commerçants n’exposent pas les denrées qu’ils vendent, afin de ne pas tenter et suggestionner les acheteurs éventuels. Le client sait ce dont il a besoin. Il le demande et le commerçant va le chercher dans son arrière-boutique. Il est là pour satisfaire les désirs, non pour les faire naître ou les attiser. Il trouve sa place dans un monde fondé sur la libération progressive par rapport aux désirs, l’exact opposé en tous points du monde moderne. » Si ce rappel à haute valeur spirituelle ajoutée valait d’être relu, et si les services que peut rendre l’avocat ne doivent pas être mis sur le marché, exposés sur la batte ou n’importe quelle brocante comme de vulgaires biens de consommation, il faut aussi reconnaître que ces services peuvent être essentiels à la défense de valeurs élevées, d’intérêts prépondérants sur le plan humain, et qu’il est bien difficile, à l’heure actuelle, surtout dans l’urgence, de ne pouvoir se fier qu’au bouche à oreille pour trouver les personnes les plus adaptées à la mission qu’on voudrait leur confier. Aussi, ne condamnons pas la publicité par les voies actuellement admises qui permettent, notamment via Internet, de se faire une opinion des services que peuvent proposer les uns et les autres. La seule différence est, bien évidemment, que dans le cas de notre confrère norvégien, ses néons ostentatoires et sa vitrine translucide sont des appels à la consommation, alors que dans le cas d’une personne confrontée à un problème précis, c’est elle qui juge, en âme et conscience, de la nécessité de se mettre à la recherche d’un avocat et qui fait les démarches exploratoires visant à se faire conseiller. On se trouve là dans une démarche de liberté beaucoup plus grande et que ne désavouerait pas, j’imagine, l’auteur cité. |
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