AUX SOURCES DE L’AVOCATURE

 

Et si l’avocat était celui qui détourne(1) l’attention, l’action adverse de son but, par un pouvoir de diversion (avocatio)(2), tout autant que l’advocatus, celui qu’on appelle en soutien(3)?

 

Le latin désignait l’avocat par des mots variés : prolocutor, celui qui parle pour ; actor, celui qui agit en justice ; patronus (causae), le protecteur (d’une cause) ;…

 

L’avocat peut se borner à donner des consultations (responsa)(4), car de même que l’on consulte les augures, on consulte les juristes (le consultant est le consultator(5)  et le consulté, le juriste-consulte, le consultus).

 

Mais ce sont les plaideurs qui ont le plus inspiré la langue latine. Un mauvais avocat sera appelé rabula (dérivé de rabies, rage) parce que son discours est rabique ou frénétique(6). Le morator(7) sera l’avocat subalterne, chargé de parler pour laisser ses confrères reprendre leur souffle. Pour un plaideur qui sait se retourner, rebondir, Cicéron créera l’adverbe versute(8), alors qu’il enjolivera le mot lex/ legis/ (loi) pour créer un baroque leguleius signifiant procédurier. Pour les vieux de la veille, on usera de l’expression decotes(9) togae, les toges usées, ou veterator-es, les vieux routiers(10).

 

Nihil novi sub sole…

 

 

 

Alain LEBRUN

 

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(1) Avocator, qui détourne (substantif).

(2) Avocamentum, ce qui détourne, diversion, distraction.

(3) Avec le sens dérivé de consolateur, advocator.

(4) Verbe responsitare.

(5) Le latin évite cette imbécile confusion où le français est tombé avec le mot consultant désignant un expert souvent consulté ! Les substantifs latins finissant en –or (en principe de genre masculin) soulignent un sens actif (et non  passif) : actor, praetor, victor, mentor, morator et autres gladiator.

(6) Ceci rappelle Audiberti qui, dans Septième, écrit : « Sa langue tournait tout le temps, avec une certitude avocassive et motorisée… », voire la locution wallonne (Haust, p. 196) : « voste avocåt n’èst qu’on brèyå » (un braillard, du verbe braire, visant, au départ du gaulois, le cri assourdissant de l’âne).

(7) Dérivé de mora, retardement.

(8) Adj. Versutus, qui sait se retourner, d’où astucieux.

(9) L’adjectif decotis n’est connu que dans cette expression. Il semble dériver de cos/ cotis/, pierre à polir ou à aiguiser (cf. le musée du coticule à Vielsalm). Il semble signifier poli, feutré, passé à la meule.

(10) Veterator in causis privatis, celui qui est rompu aux causes civiles (Cicéron).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
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